Marrakech: jemaa el-Fna
March 19, 2009 by admin
Tu as franchi les épais remparts de terre rouge percés d’Å“ils sombres, tu as baissé la tête sous les voûtes et plongé dans les ruelles de la médina. Tu t’es baigné dans la moiteur de la vi Ile, croisant des regards brûlants, d’autres qui se sont dérobés d’un battement de main. Tu t’es rangé pour laisser le passage dans la venelle à une file hétéroclite de piétons, de carrioles, de camionnettes bringuebalantes, de vélos, d’ânes au bât débordant de sacs, babouches, djellabas. Tu as frôlé les étals, senti les écÅ“urants effluves d’une carcasse de mouton suspendue à hauteur de narine devant l’échoppe du boucher. Tu as humé les parfums entêtants de l’ambre et du musc, du cumin et de l’eau croupie. Tu as senti des ombres furtives s’engouffrer dans la sombre fraîcheur d’une maison basse tirant ses langues de tapis élimés jusqu’aux pavés. Tu as vu le forgeron, le menuisier, la paume noire du mendiant. Hélé par les enfants et les commerçants, tu déclines désormais toutes les offres de thé à la menthe chez l’un des milliers de “cousins” qui te feront faire l’affaire du siècle. C’est le souk, le vrai! Tes sens commencent à saturer. Dans les poumons de la médina, tu te débats entre enchantement, dégoût, fatigue et jubilation.
Puis tu t’es égaré … Pourtant, non, tu n’es pas perdu: tu suis le garçon qui te mène à “La Place“. Il marche devant toi, très vite, faisant mine de t’ignorer pour ne pas risquer d’être mis à l’amende. Ses quarante cousins iront gagner leurs quelques dirhams providentiels ailleurs!
La Place … , c’est Elle, Djemaa el-Fna : il peut bien y en avoir des centaines, des milliers, Djemaa el-Fna est unique. C’est la

La koutoubia de "libraires"
grande scène de Marrakech, l’organe où se brasse le flux vital et désordonné de la ville. Voici le minaret élancé de la Koutoubia des Almohades se détachant sur le ciel et la gigantesque esplanade. Entre les bouquets touffus de palmiers, d’eucalyptus et d’acacias, les files de calèches attendent le touriste. Elles occupent peut-être aujourd’hui l’esplanade du palais Rhabat al-Ksar, où des chroniques rapportent les terribles exécutions publiques du XIIe siècle - le sinistre vocable {na évoquerait la “place du trépas”. Selon une autre hypothèse, il ferait référence à la “mosquée détruite”, un gigantesque ouvrage commandé par le sultan AI Mansour au XVIe siècle et resté inachevé en raison d’une épidémie de peste. Le nom de la mosquée de la Koutoubia (des “libraires”) rappelle que Djemaa el-Fna fut aussi un marché aux 1ivres. Et toi, justement, tu vois la page s’écrire: c’est une fugace calligraphie où les lignes se rencontrent et s’agencent, se séparent et se retrouvent.
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