Salé la corsaire
April 22, 2009 by admin
Crânes rasés, bras nus, sabres brillants, déterminés et indifférents au carnage … De faux pavillons pour s’approcher … Des navires rapides et maniables d’où l’on jette les crochets d’abordage en un instant, coupant tout cordage et immobilisant la proie. Des haches pour traverser le bâtiment de part en part, détruire les ponts, terroriser, et pour que nul ne puisse se cacher. Les pirates de Salé sont de fiers corsaires qui mènent une industrie très lucrative. Dans une époque du l’Histoire du Maroc on ne leur résiste pas, ou très peu!
Avec leurs voiles carrées, ils écument les mers le long des côtes atlantiques africaines, mais aussi d’Espagne, du Portugal et de France, entrent dans les terres, pillent les villages et les ports. Jusqu’au pays de Galles et en Irlande … Le XVIIe siècle est leur âge d’or. Mourad Raïs, l’un des plus célèbres d’entre eux, mènera même une expédition en Islande, ramenant triomphalement 400 esclaves de Reykjavik. En 1624, après des raids sur les côtes de Terre-Neuve, la flotte salétine apparaît aufont-face large de l’Acadie et de la Nouvelle-Écosse! La piraterie barbaresque trouve ses premières figures légen-daires une centaine d’années plus tôt avec les frères Barberousse, “fléaux de la chrétienté”, qui opèrent depuis Tunis, puis Alger. À ces deux capitales, s’ajoute, au XVIe siècle, Salé, un port opulent et qui deviendra le Saint-Malo corsaire du Maroc. Les Salétins en feront durablement une capitale des fortunes de mer … et même, de 1614 à 1640, une république: Salé fut le “seul et unique” État jamais fondé “sur les principes de la piraterie”, écrit avec un étonnant romantisme idéologique l’essayiste Peter Lamborn Wilson.
Bab Mrissa Salé
Aux confins du monde islamique, Salé ne dépend effectivement d’aucun État dans cette première moitié du XVIIe siècle. Ses remparts et le banc de sable protégeant sa rade en font une forteresse inexpugnable et un bastion maure de l’islam … mais aussi un point de ralliement pour les Andalous chassés d’Espagne comme pour les forbans d’Europe. Les écumeurs des mers compteront nombre de “reenegados” plus convertis à un argent qui coule à flots qu’à une sainte cause corsaire. Et l’on peut y rêver aujourd’hui en visitant la casbah des Oudayas, fief des corsaires andalous du XVIIe siècle.
On a certes parfois présenté la course barbaresque comme une “guerre sainte” contre la Chrétienté, et les récits des chrétiens devenus esclaves en Barbaarie en ont propagé toute l’horreur fanatique de ce côté-ci du monde (La Captivité du Sieur Moüette dans le royaume de Fez et de Maroc, de Germain Moüette, 1683, fut un best-seller en son temps). En fait, elle ressemblait à … la course chrétienne, nourrissant l’économie à coups d’opérations guerrières, de reventes des cargaisons, d’extorsions de rançons. À la même époque, sur des bateaux officiels, 15 millions d’Africains étaient vendus comme esclaves sans troubler les consciences …
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