Les manuscrits de la Bibliothèque royale
May 13, 2009 by admin
Bibliothèque royale du palais de Rabat. Solennel, le lieu porte le sceau de la munificence de la dynastie alaouite. Au fond, derrière des portes de verre, on devine le bureau personnel du roi. Ahmed-Chouqui Binebine, le directeur de la bibliothèque, qui a consacré un doctorat d’État, à l’université de Bordeaux, aux bibliothèques marocaines, est le gardien et l’avocat des trésors que les hasards de l’Histoire ont réunis ici. Les documents exceptionnels qui garnissent les rayons de la bibliothèque sont, en effet, des survivants. Pour arriver jusqu’au Ille millénaire, les parchemins et leurs enluminures, tout comme les livres de papier, ont triomphé des termites et, plus encore, des hommes: vols, pillages, autodafés, méconnaissance de la valeur des papiers de la mémoire, analphabétisme et bêtise ont vite fait de réduire la transmission des savoirs. “les souverains marocains ont toujours accordé une grande importance à la conservation des écrits, explique M. Binebine. Mais il faut se souvenir que la cour était le plus souvent nomade et que les livres la suivaient”. Quand commence le protectorat français, en 1912, une bonne partie de la bibliothèque royale devient au contraire très sédentaire: elle est emmurée à Fès, et ne sortira de l’ombre qu’un demi-siècle plus tard. Depuis, une tâche jamais terminée de conservation, de recensement et de catalogage est en cours. Ahmed-Chouqui Binebine saisit un ouvrage en langue arabe. “L’un des premiers soucis est de dater, de caractériser et d’attribuer l’ouvrage. Pour cela, il existe souvent sur la dernière page un colophon enluminé portant le nom du copiste, la date, parfois le lieu et l’appartenance ou non à une série de tomes” Les manuscrits sont des balises qui jalonnent l’histoire culturelle du Maghreb, voire de tout le monde arabe. Les textes religieux, corans et commentaires critiques, sont les plus nombreux. D’autres montrent comment les musulmans de notre Moyen Âge ont été les passeurs des connaissances scientifiques entre l’Antiquité classique et la Renaissance.

Manuscrits du maroc
C’est ainsi que l’on dé: couvre une traduction de Pythagore datant de 1594, ou encore un ouvrage d’astronomie du Perse Bironi de l’an 440 de l’Hégire. L’un des trésors les plus étonnants de la bibliothèque est un recueil illustré de fables indiennes, d’abord en persan avant d’être traduites en arabe, puis en latin, et d’inspirer La Fontaine. Quant aux supports, les plus anciens sont en parchemin, dont un coran sur peau d’autruche du Ile siècle de l’Hégire. La plupart sont en papier, une invention que les Arabes ont popularisée. Mais ces trésors ne sont accessibles qu’aux chercheurs pouvant justifier d’un bon niveau de compétence.
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