Marrakech: La première destination du pays déprime

July 19, 2009 by admin  

· Une baisse de 17% du CA chez les hôteliers

· Toutefois, Marrakech fait mieux que plusieurs destinations Azur


· Les opérateurs réclament un plan d’aide

A-t-on besoin de le redire? Le tourisme est en plein marasme. «Inutile de se voiler la face, 2009 sera difficile pour le secteur à Marrakech», indique cet hôtelier de la place. Indirectement, beaucoup reprochent le manque de clarté dans les discours et l’absence de vision commune et stratégique durable. «En clair, on a dormi sur nos lauriers pensant que l’embellie allait durer», renchérit ce voyagiste. «Les baisses de 2008 annoncent de fortes chutes en 2009», prévoit, de son côté, Salah Eddine Naciri, président de l’Association de l’industrie hôtelière (AIH) de Marrakech. «Si la saison 2008 a pu être relativement sauvée, c’est uniquement grâce au Mice (tourisme de séminaire) et aux voyages individuels», confie-t-il. Ainsi, à la fin de l’année, les statistiques officielles indiquent une chute des nuitées de 6%. Rappelons que ces statistiques sont corrigées par le ministère à hauteur de 10% pour justifier les distorsions de déclarations des hôteliers. D’ailleurs, les statisticiens de l’Observatoire national du tourisme (ONT) prennent leurs précautions en insistant sur une «estimation» plutôt qu’un recensement. Au-delà de ces corrections de chiffres et qui ne sont plus sujet de polémique, concrètement, la dépression des nuitées se traduit par une baisse de 11 points sur les taux d’occupation des hôtels qui sont passés eux de 66 en 2007 à 59 points en 2008. Traduit en chiffre d’affaires, cela veut dire une baisse de 17% pour les hôteliers. Un indicateur très déterminant pour le secteur. «Cette contre-performance pour une industrie capitalistique, dont les charges fixes accaparent 75% du CA, est alarmante», affirme cet hôtelier. De fait, l’inquiétude est palpable chez tous les opérateurs locaux. Pour eux, c’était prévisible et ils ne manquent pas de rappeler qu’ils ne cessent de tirer la sonnette d’alarme depuis fin 2007, date des premiers vents de crise.
Maintenant, la récession est bien installée et les professionnels regrettent que «l’on ne fasse plus cas» de leur situation. Alors que pour d’autres secteurs, comme le textile ou l’automobile, des cellules de crise et plans de sauvetage ont été rapidement mis en place. Le tourisme pèse beaucoup dans l’économie nationale et il serait temps de penser à un plan anti-crise. Notamment pour Marrakech, locomotive du secteur. «Et il y a de quoi s’inquiéter pour la cité ocre, un cas à part dans l’industrie touristique nationale. C’est une destination qui connaît une augmentation de 5.000 nouveaux lits classés par an», renchérit un professionnel. L’an dernier, la ville aurait accueilli, d’après les estimations de l’ONT, près de 5,6 millions de nuitées réparties sur 41.000 lits classés. À titre de comparaison, la cité ocre avait enregistré 4 millions de nuitées en 2004 réalisées sur moins de 28.000 lits.

Marrakech, victime de son succès

Pour un gérant d’hôtel, Marrakech paye le prix de son succès. En effet, depuis 2004, celle-ci est devenue la destination à la mode, hyper-demandée au grand bonheur de ses hôteliers. Et qui, aujourd’hui, font grise mine. La ville a en effet profité pleinement et largement de la politique de l’Open sky avec un boom à tous les niveaux (ouverture de lignes directes, investissements…) suscitant même parfois des jalousies. Cet engouement a fait basculer les touristes habitués aux séjours vers un autre type de voyage, les city-break, un type de voyage très à la mode et dont ont profité plusieurs destinations comme Prague ou Barcelone. Cette opportunité n’était pas sans conséquences. Et les premiers à avoir été touchés ont été les tour-opérateurs qui remplissent les 2 tiers des lits de Marrakech. Les TO, ébranlés par ces nouvelles habitudes de voyages en plus de la croissance des ventes en ligne, ont préféré réduire les risques sur l’année 2007-08 en baissant au moins de 20% leurs engagements sur l’aérien, estiment des observateurs. Jean-Jacques Bouchet, directeur de Fram au Maroc, le confirme. «Nous avons réduit la voilure et baissé de 5% les engagements pour l’exercice passé. Capacité que l’on réinjectera dès que la situation commencera à se stabiliser». 2009 annonçant le pire, les TO préféreront certainement reconduire leur stratégie pour éviter la casse. Ce qui n’arrange pas les affaires des professionnels de Marrakech.
Face à ces scénarios pessimistes, force est de constater que les programmes et les politiques de relance demeurent faibles. En dehors du Cap 2009, brandi par les institutionnels comme la solution miracle, qui comprend plutôt des éductours et des actions ponctuelles de promotion. Par ailleurs, d’un côté, les institutionnels ont tracé leur stratégie et leurs marchés, sans vraiment s’occuper de Marrakech considérée comme un produit qui «marche tout seul», et ce, malgré les doléances des opérateurs privés de la place. Et puis, rappelons qu’institutionnellement, on a choisi de lancer plusieurs destinations en même temps et de diviser le budget promotionnel sur l’ensemble des villes, y compris les nouvelles stations Azur.
D’un autre côté, les problèmes internes et les querelles intestines du privé lui ont fait perdre une partie de sa crédibilité et sa force de négociation.
Les voyagistes ont du mal à se mettre d’accord. Après le «putsch» opéré le 10 janvier dernier contre le président de la Fédération nationale des voyagistes du Maroc (FNAVM), Fouzi Zemrani, remplacé par Larbi El Eulj, la profession perd de sa crédibilité. A noter aussi que l’assemblée élective de l’association régionale à Marrakech a dû se tenir sous la houlette des représentants de la wilaya et d’un huissier pour constater «les défaillances» du bureau précédent. Des faits qui n’arrangent pas la situation.


Baisse des redevances aéroportuaires?

Dans cette période de crise, la bonne nouvelle pour les opérateurs du tourisme est du côté de l’ONDA (Office national des aéroports du Maroc) qui vient d’annoncer des mesures incitatives concernant aussi bien le trafic régulier que le trafic charter. Celles-ci portent essentiellement sur des réductions «significatives» des redevances aéroportuaires. «Les TO les attendent avec impatience et espèrent que celles-ci ne comprennent pas uniquement la création de nouvelles lignes», commente Jean-Jacques Bouchet de Fram.

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