Tanger: Tourisme, Comment reconquérir les tour-opérateurs
July 23, 2009 by admin
· Plus de promotion et de vols directs de marchés émetteurs
· L’animation s’est étoffée, mais l’intersaison plombe les hôteliers
· Les opérateurs sont divisés sur l’idée d’une reconversion de Tanger-port
Tanger, la première destination touristique des années soixante-dix continue de courir derrière son passé glorieux. Mais faute d’avoir entretenu son modèle, elle s’est vite retrouvée détrônée par Agadir et Marrakech. Tanger c’est environ 750.000 touristes par an dont une part importante des résidents (clientèle nationale). Les flux progressaient en moyenne 5 à 10% par an jusqu’en 2008. Mais les professionnels redoutent une époque de vaches maigres.
Station balnéaire, Tanger était à la fois une destination de long séjour et ville de transit pour les touristes. Avant d’entamer de gros travaux d’assainissement, les plages étaient parmi les plus polluées de la région. Ce qui lui a valu d’être désertée par les grands tour-opérateurs européens, selon Mounir Benkirane, directeur de l’hôtel Intercontinental et membre du CRT de Tanger-Tétouan. La plage municipale de Tanger retrouvera son lustre d’antan dès 2010, une station d’assainissement construite par Amendis est actuellement en phase finale. Par contre, retrouver la confiance des TO prendra beaucoup plus de temps, commentent les opérateurs.
Il y a quelques années, les problématiques qui menaçaient Tanger étaient assez basiques: Propreté, manque d’animation, insécurité. Mais depuis, ces questions ont trouvé un début de solution. A partir de 2005, la ville de Tanger a changé de visage avec l’arrivée de nouveaux opérateurs. Par ailleurs, l’animation s’est étoffée avec la programmation de plusieurs festivals.
Actuellement, ce sont d’autres menaces qui pèsent sur le secteur touristique de la ville, selon les opérateurs. Avec la construction du port roulier TangerMed dont l’entrée en service progressive se fera à partir du premier trimestre 2010, le trafic passagers devra passer vers le nouveau port laissant l’ancien, celui de Tanger-ville affecté au trafic de plaisance et à celui des paquebots de croisière. «Avec le transfert du trafic passagers, Tanger devrait perdre une bonne partie de sa clientèle de passage, qui fait le gros de sa fréquentation, assure Mustapha Boucetta, président du Centre régional du tourisme (CRT). En effet, selon lui, le vrai cœur économique de la ville se situe autour du port et si ce dernier était vidé de son activité, c’est toute l’industrie touristique qui se trouvera touchée. Transport touristique, guides, bazars, restaurants et hôtels bien sûr. Et c’est la dynamique positive de toute la région qui se trouvera ralentie, ajoute-t-il.
Certes, l’activité croisière viendra peu à peu remplir le vide. Mais selon Boucetta, ce n’est pas une panacée. Le port de Tanger pour pouvoir profiter pleinement de l’activité croisière devra se hisser au rang de tête de pont et non de simple escale. En attendant, le statut d’escale ne lui permet pas de profiter pleinement des visites des croisiéristes, limitée à un circuit de 3 heures maximum pour la visite de la ville avec en plus, l’interdiction d’achat dans les bazars. Si on ajoute à cela le fait que la plupart des bateaux de croisière passant par le pont de Tanger font déjeuner leurs passagers à bord, le résultat est maigre, constate Boucetta qui balaie d’un revers de la main l’un des arguments avancés pour la reconversion du port de Tanger.
Selon les opérateurs, si le départ de l’essentiel des lignes passagers vers TangerMed est perçu comme une fatalité, ils demandent que les lignes de Tarifa restent sur Tanger. Cela permettrait de continuer de profiter d’une clientèle formée d’Espagnols et d’autres Européens installés dans la Zone sud de l’Espagne. Elle permettrait aussi de garder un minimum de clients de passage dont la ville s’est fait une spécialité. D’autre part, cela nécessiterait de maintenir la porte ouverte pour l’accueil d’excursions issues du sud de l’Espagne. Actuellement ces dernières partent tôt de villes comme Séville ou Malaga pour traverser le détroit par bateau et assurer une demi-journée à Tanger. Là aussi, le transfert vers TangerMed de l’activité passagers ne devrait pas l’encourager car les coûts de transport deviendraient prohibitifs, selon Benkirane. En effet, le surcoût pour les autocars venant les prendre de TangerMed en aller-retour serait de l’ordre de 2.000 DH, avec au moins une heure et demie supplémentaire de trajet, ce que les organisateurs de ces voyages ne sauraient supporter.
A ce casse-tête chinois s’ajoute celui des hasards de calendrier. Le recul relatif du mois de Ramadan ne devra pas arranger les choses. Dès 2010, le Ramadan devra largement empiéter sur la haute saison, l’été à Tanger.
Si le problème ne risque pas de peser gravement dans les autres villes touristiques du pays, la situation est perçue comme alarmante à Tanger. «Si l’on ne fait pas de recettes en août à cause de Ramadan, c’est toute la trésorerie de l’année qui risque d’en souffrir», estime Boucetta. C’est que le mois d’août participe pour près de 20% dans les recettes annuelles d’un hôtel 4 étoiles d’une ville comme Tanger, la saison touristique ne durant que quelques mois, de juin à août. Là , c’est encore une fois le tourisme national et les MRE qui renflouent les trésoreries des entreprises touristiques.
La disparition des touristes anglais qui faisaient jadis le bonheur des hôteliers de la région illustre à elle seule, le décrochage de Tanger de destinations touristiques du Royaume. Selon les professionnels, si les Anglais ne viennent plus à Tanger, c’est parce que l’on ne fait plus de promotion de la destination sur le marché britannique. Accusé numéro un, l’ONMT qui aurait effacé la ville du détroit de ses priorités depuis plusieurs années.
D’un autre côté, il faut avouer que l’absence d’une plage digne de ce nom, la détérioration des services et du parc hôtelier avait fini par faire fuir les TO britanniques d’une ville qui n’avait pas su se renouveler. La ville n’a pas encore pensé à offrir, comme à Agadir par exemple, un espace dédié au niveau de la plage où les touristes pourraient bronzer loin des ballons et des vendeurs ambulants dont grouille la plage municipale en été.
Reconvertir le port en tête de pont pour croisières
Depuis quelque temps, l’idée de reconvertir le port de Tanger vers les activités de loisirs progresse et l’accueil des paquebots de croisière est l’une des plus réalistes. Le port dans sa dimension actuelle pourrait recevoir jusqu’à 200.000 croisiéristes par an selon l’Agence nationale des ports, soit 10 fois plus que ce qu’il reçoit actuellement. Et ce juste en procédant à de légères retouches au niveau de la structure.
Les responsables du port de Tanger-ville y voient le futur, non pas du port mais de la ville. Un croisiériste dépense en moyenne 100 dollars (environ 900 DH) par escale. Multiplié par les croisiéristes en moyenne de chaque paquebot, cela risque bien de rapporter un souffle d’oxygène important au niveau de l’économie locale. A ce montant s’ajoute une taxe forfaitaire d’accostage de 70 DH par croisiériste débarqué qu’empoche le port. Reste à convaincre les organisateurs de ces voyages à programmer Tanger.
Dans le passé, la ville recevait pas mal de paquebots de croisière. A l’aube des années 80, ils étaient plus de 50.000 croisiéristes à venir annuellement. Certaines agences de voyages y étaient exclusivement dédiées. Actuellement ce nombre a fondu comme neige au soleil pour atteindre les 20.000 croisiéristes par an.
A. A.
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