jemaa El Fna: les derniers conteurs

June 21, 2009 by admin  
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Tu ne comprends pas les mots, mais tu sens la vibration, intense. L’air est devenu plus épais que la soupe d’orge, la harira (viande, pois chiches et lentilles) ou le babouch (soupe d’escargots). Mélodie lancinante de la flûte, mercantilisme tonitruant, harcèlement incessant. ..

La page improbable continue de s’écrire. Tu ne peux pas tout lire. Mais tu as plongé dans la saga de jemaa el Fna, le livre sacré du petit peuple, qui puise aux racines les plus souterraines de la fiction.

La nuit est tombée, chacun construit son conte sur la place; pour mille et une nuits encore ? Peut-être. En tout cas jusqu’aux premières heures du jour. En lançant le “dossier jemaa el Fna”, l’écrivain Juan Goytisolo clamait: “1/ est important de comprendre que la disparition d’un seul haliyqi [conteur, NDLR] est beaucoup plus grave pour l’humanité que la mort de deux cents auteurs de best-sellers.” Bien des discussions et des conventions plus tard, la place a été inscrite sur la liste des chef-d’ Å“uvres du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2001. Read more

jemaa el fna : Les différents couleurs de Marrakech

A Marrakech jusqu’à 6 heures, la place est aux hommes, danseurs, musiciens, cuisiniers, camelots, savants professeurs en tout genre, vieillards crochus, jeunes aux corps élastiques. Le ton monte, l’atmosphère s’échauffe … Et puis, comme si elles s’étaient toutes donné le mot, les femmes arrivent, par deux ou trois, riant haut et fort, entraînant dans leurs jupes une ribambelle d’enfants aux immenses yeux noirs. Elles portent le foulard ou des jeans moulants, surgissent en conquérantes de la rue Prince de Bab Agnaou. Tu ne sais ni comment ni quand cela est arrivé, mais la foule a grossi. Read more

jemaa el fna

 

       Il Y a d’abord, dans le premier rempart, les constructions basses du décor en dur: la police, la grande poste, la banque Al Maghreb, les restaurants et leurs terrasses au-dessus des arcades. Puis, délimitant le carré central, la haie des vendeurs de dattes, de fruits secs et de jus d’orange: la garde rapprochée de leurs caravanes aux piles géométriques veille sur le noyau vital où le grand cirque des cuisines mobiles commence à peine à se monter. Il est 5 heures de l’après-midi, l’air vibre d’une chaleur lourde. Un ballet de charrettes à bras converge vers le centre de la place jemaa el fna, impeccablement pavée depuis quelques années. Le bourdonnement n’est encore qu’un léger brouhaha: un vieil aveugle traverse la frange extérieure de la place au bras de son guide, croise le diseur de bonne aventure, et aussi quelques hommes en djellaba bleue de Touareg, une femme assise sur un pliant à l’ombre d’un parapluie, ses seringues à henné encore vides, un faux danseur gnawa agitant mollement ses crotales … Il n’est pas encore l’heure du boniment. Les cuisines roulantes se déploient: bancs, tables, éviers, réchauds à gaz, grandes bâches s’étalent comme par enchantement pour le miracle quotidien. Read more